Cette histoire parle d’un temps révolu, un temps où la planète n’avait pas encore livré tous ses secrets, un temps où l’homme n’avait pas encore posé son empreinte partout, un temps où les légendes suffisaient à expliquer les nombreux mystères de ce monde…
INLANDSIS est un conte né de lectures de légendes Inuits. Il sera dessiné par le talentueux Paolo Mottura avec qui j’avais signé DEUS chez Soleil. L’écriture, qui mélange plusieurs niveaux de lecture (le temps du conteur, au tout début du 20ème siècle ; le temps du conte, récit intemporel ; et les répercussions sur le monde contemporain), a nécessité d’arriver jusqu’au bout des 3 tomes. En effet, moult indices sont disséminés dès le début du récit et ne trouveront leur résolution qu’à la fin, un peu comme pour un polar ou un récit à tiroirs.
Pêle-mêle, on y rencontre des animaux qui parlent ; un viking Haarfer-Le-Gros ; un vieil ours sage, le Nanuq ; un ours borgne ambitieux ; un loup à 3 pattes au grand coeur ; un grand loup gris au coeur de pierre ; une créature monstrueuse, le Tupilak ; un vieux Dieu déchu hirsute et cadavérique ; Sedna, la déesse de l’eau…. Et surtout, surtout, un couple de Deux-Bras-Deux-Jambes : l’Enfant-Ours et la Fille-Louve. Les seuls Deux-Bras-Deux-Jambes de toutes la surface des terres glacées qui parlent le langage oublié, le langage des dieux…
Autrefois, il y a bien longtemps, le territoire d’Inlandsis jouxtait le territoire des dieux. Les dieux avaient conçu Inlandsis comme une muraille infranchissable séparant le territoire des hommes de celui des dieux. Car les dieux se méfiaient de la soif de pouvoir des hommes.
En ces temps reculés, les animaux étaient plus hauts dans la hiérarchie que les hommes, ils régnaient en maîtres sur Inlandsis et étaient choyés des dieux. Pour se prémunir de hommes, ils leur avaient accordé le feu de l’intelligence et le souffle du langage. Les animaux étaient ainsi leur garde rapprochée et tenaient les humains à distance…. Les dieux avaient bien œuvré, ils pouvaient se reposer, ils ne seraient pas dérangés.
« Quand j’étais encore un Dieu parmi les Dieux, j’ai vu en rêve un couple de Deux-bras-deux-jambes qui trouvait notre refuge secret et qui nous chassaient à jamais de la surface de la Terre. J’ai prévenu mes frères ; et mes frères m’ont raillé, personne ne m’a cru. Ils m’ont banni, les ingrats ! Je les entends encore : Puisque tu es sûr que ta prophétie se réalisera, retourne sur Inlandsis faire le guet, tu pourras t’interposer le jour où ils arriveront ! Ils ont été cruels, ils se sont moqués de moi, mais j’avais raison ! J’avais raison ! Les voilà qui arrivent ! Si je parviens à les arrêter, alors mes frères s’excuseront et je pourrai reprendre la place qui me revient dans le royaume ! »
“Écoute les voix des bouts de cadavres qui te constituent, ils ont côtoyé tes proies, ils te souffleront leurs secrets et tu retrouveras la piste des Deux-Bras-Deux-Jambes !
Va et tue, fils !”
LES PREMIÈRES ESQUISSES DE PAGE.
Plusieurs drakkars voguent sur la même mer d’huile dans une brume à couper au couteau, forte tension, mauvais augure, pas de vent, les marins pensent avoir atteint bout du monde. Et ils s’attendent à croiser des dieux ou des démons.
Les Vikings débouchent, avec une surprise mêlée de crainte, devant des habitations rudimentaires surgissant de l’eau, montées sur pilotis à plusieurs mètres de haut. Des sortes de huttes en mauvais état, comme après le passage d’un cyclone. Les habitants ont disparu. Ici, le décor est exclusivement fait de glace et d’eau sans le moindre arbre à l’horizon. Et voir se dresser de telles constructions en bois recouvertes de peaux tannées ne peut avoir qu’une origine surnaturelle. Les fiers vikings ravalent leur frayeur, mais ils savent qu’ils traversent un lieu qui a été édifié par des dieux ou des démons des siècles auparavant avant d’être abandonné pour d’obscures raisons…
Les pattes du vieil ours ne le portent plus, elles s’affaissent sous son poids. Il va mourir là, sur la banquise. Alors qu’il se laisse envahir peu à peu par la torpeur, un souffle chaud vient, soudain, réchauffer son museau. Il entrouvre douloureusement les yeux collés par le gel. Au-dessus de lui, gigantesque bœuf musqué le regarde, son museau au-dessus du sien.
« Je suis venu en messager des Dieux. Tu ne dois pas laisser l’enfant vivre, il est une menace pour tout ce qui vit ici. La frontière entre le genre animal et le genre humain doit rester bien distincte. Le Deux-Bras-Deux-Jambes ne doit pas connaître nos secrets, et nous ne devons pas connaître les siens. Sinon, nous en saurions autant que les Dieux et les Dieux ne supporteraient pas que la connaissance nous rende aussi puissants qu’eux… »






