La mort n’est qu’une maladie à laquelle il n’existe pas de remède… pas encore… quelqu’un trouvera l’antidote…je croyais être cet homme… Je le crois encore… Mais peut-être peut-on la prévenir.. Mais pas en revenir…
Tel Orphée, descendu aux enfers pour sauver son Eurydice… Je croyais pouvoir t’arracher aux griffes de la mort…
CONTEXTE HISTORIQUE.
C’est la seconde fois en moins d’un demi siècle que la peste frappe Venise. C’est le Jugement de Dieu, affirme Rome, pour qui Venise n’est pas en odeur de sainteté depuis qu’elle ose s’opposer à l’autorité du saint siège apostolique par son mode de vie laïcisé et libertaire et ses prises de positions autonomes. Mais depuis quelques décennies, la République a perdu de sa superbe et son commerce ne prospère plus. Faute à ses riches commerçants qui se sont laissés aller à l’oisiveté et ont tourné leurs investissements vers l’édification de somptueux palais plutôt que sur l’accroissement de leur flotte. Et Venise, sans le commerce par voie navale n’est plus vraiment Venise… Venise est une ville isolée, mise en quarantaine par le reste de l’Italie pour contenir les ravages de la peste dans les limites de la lagune. L’accès à la mer Adriatique aussi est gardé par des navires de la royauté italienne pour éviter que les pestiférés quitte la quarantaine. La plupart des navires de la flotte vénitienne ont été coulés quelques mois auparavant pour éviter toute évasion.
Tous s’agenouillent.
Le Vicaire hurle, il n’est plus lui même, il est totalement emporté par son sermon.
Qu’ils meurent, qu’ils meurent les Vénitiens, qu’ils meurent ces chiens enragés ! Le souffle divin va purger la lagune de sa lie, et refaire de Venise un paisible village de pêcheur !
Un homme d’équipage commente tout bas à son voisin, agenouillé à ses côtés :
Qu’il se méfie, les Vénitiens sont des durs à cuire ; le vent peut tourner et ils pourraient très bien refaire du pape un petit curé de paroisse…

